Charles VI : La lignée en dérangement

Charles VI

Charles VI a douze ans quand il est couronné. Pendant que ses oncles gouvernent en attendant sa majorité, il apprend le latin et le grec, les règles du protocole et la diplomatie, les sports et les arts du combat, la chasse et le tir à l’arbalète, les échecs et les jeux de dés revenus à l’honneur. Ce n’est qu’à vingt ans que le roi s’affirme face à ses oncles et leur annonce qu’il peut désormais se passer de tuteurs. Il s’entoure des sages conseillers de son père, les Marmousets, un sobriquet qui fait référence aux figures ridicules de petits singes qui ornent les chenets des cheminées de châteaux. Les aristocrates n’aiment pas ces intellectuels « fonctionnaires » trop dévoués à l’Etat.

Couronnement de Charles VI

Les oncles font couronner rapidement Charles VI de manière à prendre le pouvoir au détriment des conseillers de Charles V
Les Grandes Chroniques de France par Fouquet
vers 1455-1460

Le début du règne se déroule normalement, complots de seigneurs, tentatives d’assassinat, tractations avec les Anglais, discussions sur le schisme.

Mais le 5 août 1392, jour de canicule, Charles VI chevauche au sortir du Mans. Soudain surgi d’un fourré, un ermite jugé « fol » s’empare de la bride du cheval royal et s’écrie: »Arrête, tu es trahi. »

Les gardes le repoussent, mais il continue à s’époumoner avant de disparaître. Plus loin, la troupe s’engage dans une plaine écrasée de soleil. Les cavaliers somnolent lorsque l’un d’eux heurte de sa lance le casque d’un garde. A ce bruit, le roi tressaille, fait faire volte-face à son cheval, tire son épée et pique droit sur son frère, le duc d’Orléans. Des gardes s’interposent: six sont tués. Au bout d’une demi-heure, le chambellan Guillaume Martel parvient à sauter sur l’arrière de la monture et à désarmer le roi. On l’étend à terre, il a les yeux exorbités. Il faut le ramener au Mans sur un chariot. Un vieux médecin, Guillaume de Harcigny, est requis pour le soigner. Il diagnostique une maladie congénitale due à « la moiteur de sa mère » mais ne peut le soigner.

On désigne alors un « pèlerin du roi » chargé d’aller prier dans les grands sanctuaires du royaume. Sans grand succès. Les crises se rapprochent. Le teint hâve, les joues creuses, les yeux tantôt ardents tantôt morts, Charles souffre. Dans ses moments de lucidité, il s’écrie: « s’il en est parmi vous qui soient complices du mal que j’endure, je les supplie de ne point me torturer plus longtemps et de me faire promptement mourir. » Pour atténuer la douleur, on lui incise le crâne. Le seul remède efficace est trouvé en 1407 par la reine Isabeau de Bavière qui a donné au roi douze enfants et ne supporte plus les accès de violence de son époux dément. Elle choisit une charmante jeune fille de seize ans, Odinette de Champdivers, dite la Petite Reine, fille d’un écuyer d’écurie du roi, pour la mettre dans le lit de son mari.

Et la substitution fonctionne. Audience seule sait consoler le roi, le distraire et calmer ses accès de violence.

Incapable de gouverner, il reste pourtant roi. Contrairement à l’Angleterre, qui renversé Richard II en 1400 pour tyrannie et troubles mentaux, nul en France ne songe à déposer le souverain car le couronnement à Reims en a fait un personnage sacré.

Par une aberration du sain esprit ?

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